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TEK5
- L'Andrea Doria - Litige et détermination des fautes |
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Dans la période qui suivit la collision, les auditions
ont duré plusieurs mois devant les instances judiciaires
de New York. Des dizaines d'avocats représentaient
les propriétaires des navires d'une part et les victimes
et leurs familles d'autre part. Les officiers des deux navires
furent appelés à témoigner, notamment
ceux qui étaient aux commandes des navires lors de
l'accident, sans compter les auditions complémentaires
lors des transactions qui suivirent.
Les deux compagnies maritimes durent contribuer à un
fonds d'investissement des victimes et de leurs familles,
et supporter en outre leurs propres dommages. Pour la compagnie
suédoise, les dommages ont été estimés
à deux millions de dollars, dont la moitié pour
les réparations de l'étrave du Stockholm. Pour
la compagnie italienne, la perte de l' Andrea Doria fut estimée
à 30 millions de dollars.
En fin de compte, l'épais brouillard qui régnait
sur les lieux serait la raison principale de l'accident. Cependant,
d'autres facteurs ont été cités par divers
observateurs :
1. Les officiers de l' Andrea Doria n'avaient pas suivi les
procédures appropriées pour l'utilisation du
radar ou n'avaient pas utilisé les équipements
graphiques disponibles dans la salle des cartes adjacente
à la passerelle. Ainsi, ils n'ont pas pu apprécier
exactement la vitesse ni la route du Stockholm.
2. L' Andrea Doria n'avait pas suivi les règles de
route à respecter pour éviter les abordages.
En effet, un bateau doit selon les règles éviter
de venir sur sa gauche dans cette situation (règle
19). Or, tandis que le Stockholm venait à droite, l'
Andrea Doria est venu sur sa gauche, fermant le cercle au
lieu de l'ouvrir. La collision était alors inévitable.
3. Le capitaine Calamai commandant l' Andrea Doria naviguait
délibérément à vitesse élevée
dans un brouillard épais, pratique communément
admise sur les lignes transatlantiques. Mais en cas de visibilité
limitée, les règles de navigation exigeaient
que la vitesse soit réduite (règle 19). En pratique,
il aurait fallu ramener la vitesse très bas tellement
le brouillard était dense.
4. Immédiatement avant l'accident, le Stockholm et
l' Andrea Doria avaient rencontré, des conditions atmosphériques
différentes. La collision s'est produite dans une région
de l'Atlantique nord, au large de la côte du Massachusetts,
où les bancs de brouillard épais et intermittents
sont fréquents. Alors que l'Andrea Doria avait été
englouti dans le brouillard depuis plusieurs heures, le Stockholm
venait à peine d'y entrer et l'équipage ne s'y
était pas encore habitué. L'officier responsable
du Stockholm a supposé à tort que son incapacité
à voir l'autre navire n'était pas due au brouillard
mais à d'autres causes comme la petite taille s'il
s'était agi d'un petit bateau de pêche ou le
black-out dans le cas d'un navire de guerre en manœuvre.
Il ne se doutait pas que c'était un paquebot qui fonçait
vers lui dans le brouillard.
5. Les soutes (ballasts) de l' Andrea Doria étaient
vides au lieu d'être ballastées avec de l'eau
de mer, comme recommandé par le constructeur. Cette
pratique était une mesure habituelle d'économie
de fonctionnement. Le fait de maintenir vides les soutes après
que le carburant ait été consommé permettait
de réduire le tirant d'eau, et ainsi de maintenir la
vitesse tout en limitant la consommation de carburant. Le
défaut de ballastage a probablement aggravé
le comportement du bateau, qui a rapidement chaviré
après la collision.
6. Une porte étanche manquait au niveau de la salle
des machines. L'eau n'eut de ce fait aucune difficulté
à envahir les étages supérieurs.
Les propriétaires du Stockholm ont finalement fait
construire un nouveau bateau, le Gripsholm, en construction
chez Ansaldo. Les concepteurs de l'Andrea Doria furent appelés
à témoigner, mais les auditions ont été
brutalement arrêtées avant que leur témoignage
puisse être recueilli. |
Investigations et études postérieures
Les questions sans réponse sur cette tragédie,
notamment celles sur les causes et les responsabilités,
ont intrigué les observateurs et hanté les survivants
pendant presque 50 ans. Le Capitaine Calamai n'a plus jamais
assuré le commandement de bateaux et mourut brisé.
Des découvertes récentes, faisant appel à
de nouvelles technologies sous-marines et à des simulations
par ordinateurs, ont toutefois mis en lumière deux
points :
1. L'examen de la zone d'impact sur l' Andrea Doria a montré
que l'étrave du Stockholm avait ouvert une entaille
dans le secteur critique des grands réservoirs de carburant
et des compartiments étanches du paquebot italien bien
plus grande que ce que l'on vait pensé en 1956. La
question de la porte étanche « manquante »,
toujours sans réponse, était probablement secondaire
: l' Andrea Doria était condamné dès
la collision.
2. Des études récentes et des simulations par
ordinateur réalisées par le capitaine Robert
J. de l'académie de marine marchande des États-Unis,
basées sur les résultats de John C. Carrothers,
suggèrent une mauvaise interprétation des données
radar par Carstens-Johannsen, troisième officier du
Stockholm, qui aurait surestimé la distance entre les
deux bateaux. La mauvaise conception du réglage des
radars, associée à une salle de commandement
obscurcie, rendent ce scénario vraisemblable. Quelques
critiques ont suggéré qu'une simple petite ampoule
disposée sur le radar du Stockholm aurait pu éviter
toute cette tragédie. |
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