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TEK5 - Empress of Ireland- Le dernier voyage
 
Les quatorze minutes

Kendall sait que son vaisseau est condamné. Il ordonne de fermer les portes étanches et de mettre les chaloupes à la mer. Le navire a été frappé au centre, un peu à l'arrière de la cloison étanche No5 qui sépare les deux immenses salles des chaudières à vapeur. Des dizaines de stewards réveillent les passagers, leur donnent des ceintures de sauvetage et les dirigent vers le pont des embarcations.Avec la gîte de plus en plus forte du paquebot
sur tribord et la vitesse à laquelle il s'enfonce, très peu de portes étanches peuvent être fermées. Le télégraphiste, Ferguson, lance le SOS avec un pied sur le mur et un pied sur le plancher. Bien des passagers ne sont réveillés que par l'eau qui pénètre dans leur cabine ou parce que le navire penche tellement qu'ils sont poussés en bas de leur lits. Ayant passé tout au plus 10 heures sur un navire qu'ils ne connaissent pas, les passagers doivent gravir dans l'obscurité plusieurs ponts avant de parvenir aux chaloupes. Certaines chaloupes en acier de deux tonnes se détachent de leurs amarres à bâbord et glissent sur le pont jusqu'à tribord, écrasant tout sur leur passage. On réussit tout de
Journal "The Globe"
même à descendre quelques chaloupes du côté tribord.Seulement dix minutes après le choc, le navire chavire complètement sur tribord, ses deux immenses cheminées jaune et noir frappent l'eau et écrasent du même coup une chaloupe chargée de passagers. Plusieurs personnes sont alors jetées à l'eau, dont le capitaine Kendall qui s'affairait à descendre une chaloupe pliante. Des minutes horribles se vivent un peu partout alors que la coque noire géante glisse finalement sous l'eau formant deux longues vagues qui viennent se frapper l'une contre l'autre. Quatorze minutes seulement se sont écoulées depuis l'abordage. Sur le STORSTAD on commence à entendre des cris provenant du fleuve. Les passagers qui se maintiennent tant bien que mal à la surface, dans l'eau froide, appellent à l'aide. Le capitaine du charbonnier décide de mettre à l'eau ses chaloupes de sauvetage et de partir à la recherche de survivants. Ces opérations se poursuivent jusqu'à ce que l' EURÊKA et le LADY EVELYN arrivent sur les lieux 45 minutes après l'appel de détresse. À ce moment, on transborde les survivants sur les remorqueurs et on les amène à Rimouski.

Les suites

Chaloupes
Sur les 1477 personnes embarquées à Québec, 1012 sont mortes. À Rimouski, les 465 survivants sont soignés, habillés et nourris. Les corps que l'on ramène du lieu du naufrage sont empilés dans les hangars du quai. Pendant des jours, on retourne sur le fleuve à la recherche de cadavres. Dans le monde entier, on est consterné par la nouvelle. Quant au STORSTAD, il poursuit sa route jusqu'à Montréal, sa proue renfoncée. La rapidité du naufrage a
défavorisé les personnes qui ne connassaient pas le navire. 172 membres d'équipage s'en sont sorti, c'est presque la moitié des survivants, alors que 840 passagers ont perdu la vie, soit plus que sur le TITANIC.134 enfants des 138 qui étaient à bord sont décédés. L'Armée du Salut, durement touchée, organise à Toronto une procession dont l'ampleur ne sera jamais égalée. La C.P.R., propriétaire de l'infortuné paquebot, tente dès le mois de juin de renflouer le navire pour récupérer sa cargaison de valeur, les sacs de la poste et les corps pour les redonner aux familles. La position de l'épave au fond de l'eau oblige l'équipe de plongeurs à abandonner cette idée. Les scaphandriers ont donc ordre de défoncer le côté de l'épave à la dynamite pour accéder aux cales du navires et remontent ainsi tout ce qui avait de la valeur et environ 250 cadavres.

Une commission royale d'enquête est rapidement instituée et commence ses travaux à Québec, le 16 juin 1914. Présidée par Lord Mersey, elle a pour mandat d'identifier à quel navire incombe la responsabilité de ce drame et surtout de déterminer les raisons d'un naufrage si rapide. Après des semaines de témoignages et 8000 questions posées par les avocats des deux parties, la
Enquête
commission en vint à la conclusion que les deux navires avaient commis une faute de navigation . De plus, on porte un blâme sur Alfred Toftenes, le premier officier du STORSTAD, parce qu'il avait tardé à appeler son capitaine par temps de brume. Pour ce qui est de la rapidité du naufrage, il semble évident pour les commissaires que ce soit une question de portes étanches.Ainsi, dans leurs recommandations, ils proposent qu'à l'avenir, les portes étanches et les hublots soient fermés toute la nuit et par temps de brume. De plus, ils recommandent de mettre des embarcations de sauvetage libres sur les ponts supérieurs qui pourraient flotter d'elles mêmes en cas de naufrage ainsi que de trouver une alternative à l'approche des stations de pilotage afin d'éviter que les navires ne se croisent de trop près.




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