Avec ses 2.350 kilomètres de long et ses 350 kilomètres
au point le plus large, à la hauteur de l'Erythrée,
la mer Rouge se présente comme un long boyau reliant
la mer Méditerranée à l'Océan
Indien. Bien que fort étroite, c'est donc une mer très
profonde qui atteint presque 3.000 mètres dans la partie
centrale et en de nombreux endroits descend à pic à
600-800 mètres dans le voisinage immédiat du
"reef", le récif. Au siècle dernier,
le commerce maritime dans ces eaux était dominé
par les Anglais, qui entretenaient d'étroits contacts
avec leurs colonies des Indes, mais aussi avec tout l'Orient.
Le Canal de Suez n'avait pas encore été creusé,
même si nombreux étaient ceux qui en rêvaient,
à l'exception des Anglaiss qui craignaient de perdre
leur hégémonie maritime. Après avoir
remonté la mer Rouge, les bateaux rallliaient cependant
Suez. Là, ils déchargeaient leurs marchandises
qui , comme dans l'Antiquité, étaient acheminées
à dos de dromadaires vers le nord, en immenses caravanes.
Le trajet par mer allait donc de Suez aux Indes, un voyage
plus facile à l'aller, grâce au vent portant,
et bien plus difficile au retour à cause des vents
du nord. C'est pour cela que les premiers navires à
propulsion mixte, voile et vapeur, furent utilisés
précisément sur la route des Indes. Les voiles
permettaient des pointes de vitesse supérieures à
celle du moteur et offraient une bonne marge de sécurité
en cas d'avarie ou de difficulté pour s'approvisionner
en charbon, tandis que le moteur permettait de remonter la
mer Rouge avec la régularité indispensable pour
garantir la ponctualité du service postal, le transport
des marchandises et des passagers.
En 1869, le canal de Suez fut finalement ouvert et l'événement
donna lieu à de grandes festivités. La navigation
à moteur s'affirmait alors et l'on put raisonnablement
espérer que le nombre des naufrages allait diminuer.
Il n'en fut rien. Les violents courants, les récifs
affleurants, les passes dangereuses, mais aussi les guerres
continuèrent à parsemer les fonds de la mer
Rouge de centaines d'épaves. Aujourd'hui encore, il
n'est pas rare de voir des navires modernes échoués
sur les récifs de coraux et progressivement détruits
par la violence des vagues. Autant de drames pour les marins,
et d'aubaines pour les plongeurs qui, au cours de leur exploration
vivent des moments intenses et découvrent de nombreux
sujets d'intérêt. Ces épaves, recouvertes
de magnifiques dentelles tissées au fil des ans par
la mer, abritent une faune très riche qui a pris possession
des ponts, des cales, des salles des machines et des superstructures.
Elles font désormais partie du monde magique du silence.
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