L'oxygène est bon pour le plongeur, l'oxygène
est bon pour la décompression. C'est vite vu et vite
compris! Très tôt, entre les deux guerres, les
responsables de la marine américaine (US Navy) introduisent
l'oxygène pur en fin de décompression. A une
époque où les scientifiques avaient des notions
limitées des calculs de profil de décompression,
ce gaz apparaissait comme une solution merveilleuse à
tous leurs problèmes. Aujourd'hui c'est tout aussi
vrai, mais avec le développement de la plongée
technique, la nécessité est apparue de rationaliser
son utilisation.
La plongée technique avec décompression utilise
de très loin certains concepts de la plongée
commerciale. Le plongeur est complètement autonome,
avec une réserve de gaz limitée, sans communication
avec la surface et il doit gérer, souvent seul, des
situations extrêmes.
A une certaine époque, les plus grands scientifiques
dans le domaine disaient que lorsqu'ils ne savaient plus trop
quoi faire pour gérer un problème de décompression,
ils rajoutaient de l'O2 pendant la remontée. A mes
débuts, il y a de nombreuses années, j'ai moi-même
utiliser cette recette pour sortir des profils de décompression
un peu trop "poussés". Tout le monde disait
"c'est simple! tu prends le tiers de ton temps de déco
au palier de 3m et tu le fais à l'O2.... ça
passe, tiens regarde je n'ai rien...." Il est facile
de se donner bonne conscience parceque l'oxygène facilite
la décompression pour des tas de bonnes raisons, pourtant
en y regardant de plus près, il n'est pas évident
d'en comprendre le rôle exact det d'en doser les effets.
Si vous avez essayé des logiciels de décompression,
vous avez sûrement noté les accélérations
foudroyantes des remontée dès que vous ajoutez
de l'O2 pur en déco, de même si vous avez expérimenté
la plongée au Nitrox ou si vous commencez dans le domaine
de la plongée technique. Vous savez alors que la décompression
n'est rien d'autre que de gérer un problème
de quantité de gaz dissous et que le succès
dépend de sa vitesse d'élimination. Ça
marche quand on parle de gaz inerte, mais l’02 n’est
pas un gaz inerte et on s’est aperçu récemment
que trop d’ajout d’oxygène dans les tissus
au moment de la dé-saturation pouvait dé-stabiliser
l’équilibre de l’échange. Hé!
Oui, de l’02 au palier certes mais attention aux effets
aléatoires et hyperoxiques. Jusqu’à maintenant
les théories raisonnaient en terme de gaz dissous en
phase gazeuse, alors que depuis peu on parle en terme de noyaux
gazeux et de perméabilité.
Rafraîchissons-nous la mémoire avec un bref
rappel des lois physiques appliquées en plongée;.
Concentrons-nous seulement sur Dalton, Henry et les dérivations
de Paul Bert et Lorrain-Smith.
Dalton ou la pression partielle d'un gaz (Pp)
À température donnée, la pression d’un
mélange gazeux est égale à la somme
des pressions de chaque gaz entrant dans la composition
s’ils occupaient seuls le volume total. La pression
partielle de chaque composant se calcul Pp = Pabs x FO2.
Henry ou la quantité de gaz dissout dans
un fluide donné
À température donnée, la quantité
de gaz dissout à saturation dans un fluide est proportionnelle
à la pression qu’il règne à la
surface ou autour de ce fluide. La tension est la pression
d’un gaz dissous dans un fluide.
Effet Paul Bert
Causes: 100% 02 ou Pp02 supérieure à 1.6 Atm,
valeurs Pp02 des mélanges (fractions) respiratoires
trop élevées. Effet narcotique de l’02
à grande profondeur.
Effet Lorrain-Smith
Cause: Lors d’une exposition au-delà de 2 heures
à une Pp 02 supérieure à 0.5 Atm, il
survient des altérations de la surface alvéolaire
diminuant les échanges gazeux respiratoires.
Pour le plongeur qui commence par l’utilisation des
tables ordinaires, le dilemme est de bien réussir
sa décompression en optimisant au maximum ces fractions
d’02 afin de faire surface le plus rapidement possible.
Le choix des gaz devient alors un calcul précis,
relatif à l’environnement de la plongée
à faire et de son propre niveau d’acceptation
des risques. Tout le monde connaît la narcose, mais
combien d’entre-vous on déjà expérimenté
celle causé par l’02? Ou tout simplement un
"Black-out " total dans la zone des 11 Atm de
pression ambiante?
Toxicité et dangers potentiels
Les symptômes et les réactions de chaque individu
sont très reliés à sa propre susceptibilité
et son état physiologique du moment. Des tests réalisés
en milieu hyperbare et commercial montrent que l’02
peut souvent être utilisé à des pressions
plus grandes que 1.6 Atm (traitements thérapeutiques
ou décompression d’urgence en commercial).
Le principal facteur imposant le choix du 1.6 Atm est tout
simplement l’environnement. Vous êtes dans l’eau,
avec un détendeur, pas un casque, vous avez une limite
en gaz, pas de narguilé depuis la surface, souvent
sans communication et pendu à un bout au dessus des
abysses.
Que choisir? 1.6, 2.0 ou bien 2.8?
La sélection de votre gaz de fond devient
donc primordiale. Il doit être toujours moins de 1.6
Atm (MOD – maximum operating depth) ou il vous permet
d’atteindre "accidentellement" une profondeur
élquivalente à cette pression (COD –
Contingency operating depth). D’autant plus que l’02
est aussi un gaz narcotique en profondeur et l’association
de la narcose à l’azote, l’augmentation
du C02 dans la respiration et votre propre rythme respiratoire
n’améliore pas la situation. Les gaz de décompression
eux peuvent être optimisés à 1.6 Atm
pour vous permettre un processus d’échange
plus rapide.
En général, la profondeur de changement
de gaz est moindre et les effets narcotiques sont alors
éliminés. Par contre, ces manipulations et
ces changements radicaux dans les fractions respiratoires
sont délicates et c’est ici que l’accident
hyperoxique peut arriver plus facilement. Il suffit de faire
une erreur sur la profondeur de changement, de se tromper
de gaz, d’avoir un mauvais mélange ou une mauvaise
analyse et vous commencez à voir des étoiles.
L'hyperoxie
Les causes: 100% 02 ou Pp02 supérieure à
1.6 Atm, valeurs Pp02 des mélanges (fractions) respiratoires
trop élevées. Effet narcotique de l’02
à grande profondeur. Un mélange respiratoire
très riche et à forte pression entraîne
des réactions chimiques déstabilisantes dans
le réseau neurologique et cérébral.
Symptômes: face rosée, sueur dans le masque,
brusque changement de caractère, réduction
du champ visuel (effet tunnel), contractions musculaires
(mouvements de la face, lèvres et paupières),
picotements au bout des doigts, crise de type épileptique:
Phase tonique : contraction intense des muscles
phase clonique : spasmes musculaires
phase résolutive : inertie, reprise de conscience
Perte de connaissance si la Pp02 est maintenue et risque
de nouvelles crises avec accélération des
phases jusqu’à la syncope et la mort.
Conduite à tenir: baisser la Pp02 en remontant sauf
en phase clonique (risque de surpression pulmonaire) et
en cas de palier de décompression prévoir
des gaz moins riches en 02 , avoir un plongeur-sécu
avec de l’air, ou passer sur les gaz de fond.
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Prévention: bonne condition physique. Ne pas dépasser
les limites de 1.6 Atm de Pp02. Attention à la plongée
profonde à l’air (max 65m) et à la plongée
Nitrox et Trimix (profondeur max des gaz de décompression).
En lisant tout ça on se dit qu’il vaut mieux
être avec un bon binôme ce jour là. Autant
l’apparition des symptômes de la narcose à
l’azote est progressive, ceux de l’hyperoxie,
une fois commencés, sont très rapides. Il
faut tout de suite changer de gaz et attendre que les fractions
alvéolaires se ventilent et baissent en Pp02. Il
faut donc avoir toute sa lucidité pour manipuler
le bon détendeur au bon moment alors imaginez la
même situation à 75m, narcosé et en
début d’essoufflement… Il est difficile
de sentir le picotement au bout des doigts avec des gros
gants et dans l’eau froide, mais votre sale caractère
soudain va s’entendre dans la palanquée!!!
Une petite goutte de sueur qui vous brûle l’œil
et vous démange dans le masque, un rictus sur la
lèvre supérieur qui vous fait rentrer de l’eau
glacée dans la bouche, et salée en plus!!!
Ce sont des signes précurseurs et une atteinte est
en train de sourdre dans vos profondeurs physiologiques.
Je vous rassure tout de suite, à part avoir fait
grimper votre CNS au plafond, il n’y a pas de conservation
des effets après la plongée, votre déco
n’est pas ratée mais juste modifiée
par une ventilation avec un autre gaz mais vous pouvez avoir
une certaine susceptibilité à l’02 pour
la prochaine plongée. Ce qui risque d’apparaître
est un symptôme lié à l’effet
Lorrain-Smith qui démontre une altération
des capacités et des surfaces d’échanges
gazeux lors d’une atteinte hyperoxique ou d’une
trop longue exposition à l’02. Pour le plongeur
autonome, cette situation est difficile à atteindre
pour des raisons de limite de réserve de gaz en une
seule plongée mais elle doit être calculée
dans les expositions successives ou consécutives
lors de plongées répétées et
sur plusieurs jours. on choisira à ce moment-là
des procédures de décompression intégrant
des ventilations avec un gaz moins riche toutes les 20 ou
30 minutes consécutives à l’02 (selon
votre modèle de décompression).
Cause: lors d’une exposition au-delà de 2
heures à une Pp 02 supérieure à 0.5
Atm, il survient des altérations de la surface alvéolaire
diminuant les échanges gazeux respiratoires.
L’oxygène étant un gaz "corrosif"
et très sec car il est utilisé pur, il détruit
la fine membrane de surfactant alvéolaire qui permet
la diffusion des gaz à travers le tissu. Il en résulte
des lésions irréversibles dans les poumons.
Symptômes: face rosée, gêne respiratoire,
toux, brûlures rétro-sternales, crampes musculaires
(face), irritations cutanées (marbrures).
Conduite à tenir: baisser la Pp02 au plus
vite
Prévention: ne jamais dépasser les limites
des durées d’exposition à une Pp 02
supérieure à 0.5 Atm (voir formation en plongée
technique Nitrox et Trimix); utiliser les tables NOAA pour
le calcule des OTU, CNS et UPTD pour chaque plongée
et par jour.
Le principe de Lorrain-Smith est surtout appréhendé
en plongée commerciale où les durées
d’exposition des plongeurs atteignent souvent plusieurs
semaines. En saturation par exemple, le niveau vie (caisson)
est toujours maintenu à 500 mb (0.5 Atm) de Pp02
pendant toute la durée des opérations et de
la décompression. Seule la fraction 02 changera pendant
les procédures de remontée. Dans les tourelles
de travail, il peut régner une atmosphère
de 700 mb mais l’exposition à ces pressions
est dû aux efforts que les plongeurs ont à
faire à de grandes profondeurs et elles ne dépasseront
pas la durée de la sortie. Les plongées dites
isolées en commercial déployées depuis
une cloche de travail elles, peuvent atteindre 1.6 Atm mais
sur de courtes périodes et, n’oubliez pas,
il y a 4 personnes en surface avec un caisson pour 1 plongeur
en bas. ça change les données!!!
La toxicité à l’02 est une affaire
très sérieuse et pour cette raison, parmi
des centaines d’autres, la plongée avec décompression
planifiée avec des gaz différents nécessite
une solide formation, une parfaite attitude et une connaissance
de ses propres limites physiologiques… Néanmoins,
la plongée, même "extrême"
reste une activité tellement passionnante que ce
n’est pas MM Bert et Smith qui vont nous faire rester
à la maison devant la télé !!! |