TEK5 - Le Requin Tigre - Chronique d'une tragédie
 

Chronique d'une tragédie


L'impondérable, toujours à l'affût, peut apparaitre à un moment ou à un autre et enlever des vies humaines : il y a un peu plus d'une année deux jeunes gens finirent dans
le lac, prisonniers de leur voiture dont ils avaient perdu le contrôle.
Samedi dernier, deux autres vies se sont éteintes dans les eaux glaciales du Lac Majeur et a profondément marqué l'opinion publique, en Suisse comme à l'étranger. Les faits sont désormais connus : depuis environ une semaine, Edoardo De Paoli,allemand d'origine italienne, était arrivé à Locarno. Il était le dirigeant de la maison allemande Saturnia, qui a la représentation pour la Suisse et pour l'Italie de la firme SilverStar,

Eco di Locarno 18 janvier 1965

elle aussi allemande,constructrice de sous-marins de poche, adaptés à la navigation touristique avec un coût relativement modeste. Monsieur de Paoli était parfaitement formé sur la conduite et les manoeuvres du sous-marin baptisé "Requin Tigre". Donc, la semaine précédente, à Tenero (plus exactement à Campo Felice), au petit port de plaisance de Monteforno, le "Requin Tigre" avait accompli plusieurs plongées. A une de ces plongées, avait participé Enrico Regazzi du Service Cantonal de la Circulation et la courte promenade s'était parfaitement déroulée.
Vendredi, le jour précédent le malheur, Peter Hohn, dirigeant du service marketing de la SilverStar, qui fournit les sous-marins aux concessionnaires, a aussi accompli un petit tour sous l'eau, puis ce fût le tour de sa femme, toujours avec le même pilote : Edoardo de Paoli. (Il était le propriétaire du sous-marin en question). Ces plongées avaient toujours un caractère publicitaire : plusieurs correspondants de journaux étrangers et suisses, ainsi que des personnes intéressées par le tourisme local.

Ce samedi matin, le producteur de la TSI M. Debernardis, l'ingénieur du son Angeloni et le cameraman Franco Viganò avaient rejoint Campo Felice.
L'équipe devait effectuer un reportage pour la télévision suisse italienne. A 12 heures tout était prêt pour le tournage. Le petit sous-marin avait subit pour une enième fois une inspection technique : les batteries qui alimentaient le moteur était chargées, les bombones d'oxygène permettant jusqu'à 6 heures de respiration à deux étaient gonflées, les capsules qui permettaient de filtrer l'air ambient et d'en extraire le gaz carbonique installées. Le sous-marin diposait d’un moteur de trois chevaux, 3 vitesses et une marche arrière. L'hélice (en bronze) est encastrée dans un carénage de protection pour empécher qu'elle ne s'emmèle dans des algues ou tout autre objet pouvant lui causer des dégâts.

A 12:30 tout était prêt

Les personnes présentes sur la rive virent la frêle silhouette du petit sous-marin s'éloigner et constatèrent avec étonnement qu'il ne s'arrêta pas aux 50 mètres fixés ; les coupoles de plexiglas étaient encore ouvertes et on pensa que l'opérateur voulait faire une reprise de la rive du Gambarogno, qui à ce moment baignait dans une belle lumière. Le sous-marin se trouvait maintenant à 200 mètres de la rive et les deux calottes transparentes furent fermées et la plongée commenca. A terre on pensait que le submersible allait faire demi-tour et serait revenu se poser sur le fond à 5 mètres de profondeur comme convenu. Quelques minutes plus tard, les plongeurs commencèrent eux aussi leur plongée et rejoignirent le point de rendez vous. Le sous-marin n'était pas encore là. Ils patientèrent 'quelques instants, puis refirent surface. On pensa à un retard, les plongeurs s'immergèrent de nouveau mais sans résultat. Les appréhensions firent place à l'anxiété, bientôt remplacée par de l'angoisse. Le sous-marin restait introuvable.....


Les curieux sur la rive de Tenero assistent au début des recherches


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